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Journal du Corinavirus 2.

Revenons à Wuhan, plus précisément au marché de gros de fruits de mer et d’animaux vivants de Huanan, à quelques pâtés de maison de la gare de Hankou, 50 000 m2 avec plus de mille commerçants dans un dédale d’étales où les humeurs des animaux écorchés côtoient animaux vivants et les humains.

La diversité de « viande de brousse » morte ou vivante proposée est impressionnante, serrés dans des cages métalliques, des paniers de bambous et de roseaux, des mammifères, porc, chameau, mouton, cerf, kangourou, lapin, castor, rat, porc-épic, marmotte, blaireau, loutre, civette, chien, renard, louveteaux, hérisson, - des oiseaux, volaille, autruche, paon, faisan, - des reptiles, crocodile, tortues, serpents, - des amphibiens, grenouilles, salamandre géante, - des arthropodes, cigale ,scorpion, scolopendre !

C’est de là que part la vilaine bête, de cet espace de promiscuité où se célèbrent cultures culinaires anciennes et traditions remontant à la nuit des temps. On est très loin du Mac Donald et du KFC, des chaires sous vides et des légumes passés au train de désinfectant de la région d’Alméria.

Signe des temps, signe d’une planète où en 24 heures une même personne peut passer de Paris à Melbourne, signe d’un monde où se transporter d’un coin de la planète à l’autre est un sport naturel et nécessaire – quel employé de grand surface n’aura pas fait son voyage à Phuket , quel boucher son trekking dans l’Hymalaya, et quel agriculteur sa visite d’Angkor Watt ? -, les premiers cas recensés, dûment répertoriés, reviennent avec obstination à Wuhan, le 13 janvier en Thaïlande, le 15 au Japon, le 22 à Taïwan, le 23 à Singapour.

Jusqu’au 30 janvier, Wuhan est la mère des contagions et la planète un planisphère obscur sur lequel s’allument à toute allure les lumières de la contagion.

Certains points sont d’une extraordinaire luminescence : ce sont ces paquebots de croisière, lents immeubles couchés glissant sur les mers ressemblant de nuit à des sapins de Noël flottants – incubateurs flottants, dit-elle.

Le Diamond Princess est l’un d’eux : 290 mètres de long, 36 de large, 62 de haut, 1337 cabines dont 750 avec balcon sur la mer, 2674 passagers, 1238 d’équipage. Construit au Japon en 2002, il croise au Japon, en Corée du sud, à Taïwan. Tout se passe pour le mieux pour les plus de 2000 passagers et le personnel, de plus 50 nationalités différentes, dans ce havre de modernité consumériste et de luxe, dont le leitmotiv est « une croisière placée sous le signe de la détente, les passagers pourront se relaxer grâce aux massages avec des pierres chaudes.» Le parc aquatique, le casino, les pubs, les bars, les bibliothèques, les cinémas, la discothèque sont bondés. Le 28 janvier le paquebot a embarqué ses passagers au port de Cai Lan, au Vietnam, le 31 il fait escale à Keelung, Taïwan, le 1er février sur l’île d’Okinawa, au Japon. Le 3 janvier il entre dans la baie de Tokyo. Il arrive au port. Mais n’accoste pas…

· Les illustrations sont de Juanjo SURACE


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