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Journal du Coronavirus 1.



Il fallait bien que le Coronavirus rattrape mon écriture en me touchant au cœur de ma sensibilité - ma petite dernière est étudiante à Paris - alors que je suis 1100 kilomètres plus au sud à Barcelone. Nous sommes jeudi 12 mars et le Coronavirus est comme un géant qui marche sur la planète en faisant fi des frontières et de nos limitations. Il est immense, pas franchement méchant, mais comme ces géants des contes pour enfant, il marche sans voir ce qu’il écrase, parcequ’il est trop grand, trop gauche et qu’il n’a comme autre fonction, tel un robot programmé, d’avancer, d’avancer, et partout où il passe de contaminer des dizaines et des dizaines de personnes.

Il y a à peine deux mois il était une vilaine petite bête apparue dans un marché d’animaux sauvages vivants entreposés et vendus de l’arrière-pays chinois, à Wuhan dans la province de Hubei en Chine centrale. On se souvient que la grippe aviaire après avoir muté dans l’organisme du porc, se transmettait à l’humain. On avait à faire au même phénomène, l’émergence d’un virus au fin fond de la planète, dans une société où on boit du serpent en bouteille pour être plus fort, où l’aile de chauve souris séchée préserve du mauvais œil, en Chine, loin, très loin de chez nous. Souvenons-nous, la Chine était incriminée pour une affaire d’espionnage à niveau planétaire à travers son réseau de téléphonie Huawei - le grand manitou américain l’avait d’ailleurs renvoyé de son territoire d’un grand coup de pied au cul. Et maintenant, armés de nos jumelles dans nos tribunes de turf, on regardait avec scepticisme comment la grande puissance opérait, mettant en quarantaine toute une région, instaurant le confinement de toute une population, annulant toutes les festivités du nouvel an chinois, exhibant des ouvriers heureux de consacrer leurs loisirs à construire les hôpitaux d’urgence de Wuhan. Sacrée nation qui mettait la technologie moderne de la surveillance – à travers les billets de train ou de métro -, au service du pistage des habitants de Wuhan égarés au-delà de leurs frontières. Comme dans les jeux vidéo une application téléphonique signalait d’un point rouge clignotant le moindre déplacement d’un habitant de Wuhan. Bien entendu il fallait à tout prix s’éloigner du point rouge. C’était loin, fort loin de nous ces images crépusculaires de colonnes de camions circulant au pas et de nuit dans la cité déserte, dans le nuage de produits chimiques dont ils aspergeaient les barres d’immeubles. Désinfecter, dit-elle.

Deux mois plus tard, alors que la Chine plie les gaules, ferme ses hôpitaux d’urgence – désormais inutiles puisque la maladie a régressé –, le virus est arrivé chez nous. Comme dans une partie de rugby on nous a refilé un ballon dont on ne voulait pas… Que feront nous avec ?

Les illustrations sont de Juanjo SURACE

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